Cette photo diffusée par la présidence iranienne montre le président Massoud Pezeshkian (G) accompagné par le petit-fils du défunt ayatollah Hassan Khomeini (D) lors d'une visite sur la tombe de ce dernier à Téhéran, le 31 janvier 2026 ( Iranian Presidency / Handout )
L'Iran a dit lundi se préparer à des discussions avec Washington sur le dossier nucléaire, Donald Trump s'affirmant pour sa part confiant sur la possibilité d'un accord, après des jours d'échanges de menaces entre les deux pays.
"Le président Massoud Pezeshkian a ordonné l'ouverture de pourparlers avec les Etats-Unis", écrit l'agence de presse Fars, citant une source gouvernementale, sans plus de détails.
Selon le site américain Axios, qui cite trois sources proches du dossier, une rencontre entre l'émissaire américain Steve Witkoff et le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi est envisagée vendredi à Istanbul. L'agence iranienne Tasnim avait plus tôt indiqué que les discussions engageraient probablement ces deux responsables.
La pression s'accentue depuis début janvier sur Téhéran, après la répression dans le sang d'un vaste mouvement de contestation de la République islamique en place depuis 1979, déclenché au départ par des manifestations contre le coût de la vie.
Après avoir fait planer la menace d'une intervention militaire et envoyé une dizaine de navires dans le Golfe, le président américain a dit dimanche espérer "trouver un accord" avec l'Iran.
"Les pays de la région servent de médiateurs pour l'échange de messages", a expliqué lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, alors que l'Iran et les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis quatre décennies.
Des consultations ont eu lieu avec l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Turquie et lundi avec la Jordanie.
"Nous examinons et finalisons les détails de chaque étape du processus diplomatique (...) Cela concerne la méthode et le cadre de travail", a ajouté le porte-parole, lors d'une conférence de presse à laquelle l'AFP a assisté.
- "Pas d'armes nucléaires" -
Des négociations entre les deux pays ennemis s'étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient notamment achoppé sur la question de l'enrichissement d'uranium.
Les Etats-Unis demandaient que l'Iran y renonce totalement, ce à quoi Téhéran se refuse, défendant ce qu'il dit être son droit en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, le 18 janvier 2026 à Téhéran ( AFP / ATTA KENARE )
"Le président Trump dit +pas d'armes nucléaires+ et nous sommes tout à fait d'accord avec ce point. (...) Bien sûr, en contrepartie, nous attendons une levée des sanctions. Cet accord est donc possible. Ne parlons pas de choses impossibles", a insisté dimanche sur CNN M. Araghchi, dont le pays a aussi exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques.
La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l'arme atomique, ce qu'elle dément.
Dans les rues de Téhéran, Ali Hamidi, 68 ans, un retraité, juge "inutiles" les "tensions actuelles": "l'Amérique devrait s'occuper de ses propres affaires", dit-il à l'AFP, tout en jugeant que "les responsables iraniens sont aussi en tort de ne pas subvenir aux besoins du peuple".
"Les difficultés économiques sont écrasantes; je ne vois personne autour de moi satisfait",ajoute-t-il.
- "On ne parle de rien" -
Dans le pays, la répression se poursuit: quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n'a pas été précisée, ont été arrêtés pour "participation aux émeutes", selon la télévision d'Etat.
Des Iraniennes passent devant une fresque peinte sur les murs extérieurs de l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, le 1er février 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux Etats-Unis, a recensé plus de 42.000 personnes arrêtées, et a pu confirmer 6.842 morts dans la mobilisation, en majorité des manifestants.
Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen.
Partie en Turquie il y a trois ans, Masha, 30 ans, y confie à l'AFP que ses proches restés en Iran disent aller bien, mais "ont peur de parler au téléphone. Ils n'osent même pas sortir dans la rue. Pour éviter tout problème, on ne parle de rien. Parce qu'aux informations, on prévient: +Ne parlez pas, sinon il arrivera quelque chose à votre famille+".
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou passants tués par des "terroristes". Une opération orchestrée selon Téhéran par les Etats-Unis et Israël, l'ennemi juré.
La présidence a jusque là publié les noms de 2.986 personnes tuées, sur une liste de 3. 117.
Côté européen, les ambassadeurs en poste à Téhéran ont été convoqués après la désignation la semaine dernière des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, comme organisation "terroriste".
Ces convocations sont "une mesure minimale" avant d'autres représailles, a averti lundi Esmaïl Baghaï.
Londres a de son côté annoncé lundi imposer des sanctions contre dix responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur.
L'Iran a par ailleurs dénié à la France toute "légitimité" à intervenir dans le processus diplomatique, après que Paris a estimé dimanche que Téhéran devait "se résoudre à des concessions majeures" dans le cadre des négociations.

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